Le chauffeur avait été arrêté par les forces de sécurité palestiniennes fidèles au président Mahmoud Abbas, dont le gouvernement établi à Ramallah est en conflit ouvert avec les islamistes du Hamas qui l'ont chassé de la bande de Gaza.
"Quand je demande aux gens de travailler avec moi, ils refusent. Ils ont peur", explique Nasser Abd el Jaouad, élu au Conseil législatif palestinien en 2006, lors d'un scrutin qui vit le Hamas battre le Fatah d'Abbas alors au pouvoir.
L'onde de choc provoquée par cette victoire, due en partie au rejet d'un Fatah que les électeurs considéraient comme un appareil corrompu, a plongé les Palestiniens dans une violente crise politique et dans une guerre civile dans la bande de Gaza.
Le Mouvement de la résistance islamique a fini par y prendre le pouvoir par les armes en juin 2007 et gouverne toujours ce territoire placé sous un étroit blocus israélien. "Un programme est mené pour déraciner le Hamas en Cisjordanie", assure à Reuters le député Omar Abdel-Razik dans son bureau de Salfit, village proche de Naplouse. "Il n'y a pas d'activités du Hamas. Des arrestations sont effectuées de façon quotidienne", ajoute-t-il. Le mouvement islamiste affirme que 600 de ses membres sont détenus en Cisjordanie, illustration du fossé dans lequel beaucoup de Palestiniens voient mourir leurs espoirs d'avoir un jour un Etat indépendant.
DIVERGENCES STRATÉGIQUES Le Hamas et l'Autorité palestinienne s'accusent mutuellement de vouloir éliminer le mouvement rival de leur territoire. Pour les analystes palestiniens, les Israéliens opposés à la création d'un Etat palestinien ne peuvent que s'en réjouir.
La médiation égyptienne visant à réconcilier les deux camps n'a pour l'heure rien donné. Les accusations réciproques de recours à la torture exacerbent cette hostilité, qui trouve ses racines dans les divergences de stratégie à l'égard d'Israël. Soutenu par l'Iran et la Syrie, le Hamas, dont la charte appelle à la destruction de l'Etat juif, conteste la stratégie de négociation d'une paix durable poursuivie par Mahmoud Abbas.
Abd el Jaouad et Abdel-Razik ont passé l'un et l'autre plus de trois ans en prison en Israël après leur élection au Conseil législatif palestinien, institution qui ne s'est pas réunie depuis les affrontements de 2007.
Ils font partie de la quarantaine de députés du Hamas arrêtés après l'enlèvement, en juin 2006 près de la frontière avec la bande de Gaza, du soldat Gilad Shalit, toujours détenu. Abd el Jaouad a été libéré en septembre et déplore que les forces de sécurité palestiniennes aient interdit la réception prévue pour son retour. Un responsable de la sécurité explique que le Hamas utilise ces rassemblements pour inciter la population à la haine contre l'Autorité palestinienne.
Plus de 200 organisations caritatives affiliées au Hamas, essentielles à son implantation locale, ont été fermées et quiconque est lié au mouvement a pris l'habitude d'être suivi par les forces de sécurité, raconte le député. Les fonctionnaires proches du Hamas se plaignent en outre d'avoir été limogés pour des raisons politiques.
Le dernier chauffeur d'Abd el Jaouad relève, lui, que son ancien emploi au service de Yasser Arafat ne lui a pas évité l'arrestation. "J'ai passé deux mois à travailler pour lui et deux mois en prison. Personne ne veut travailler avec lui."