La semaine dernière, le gouvernement aurait décidé que désormais les établissements privés seront imposés. Quelle est votre point de vue sur cette question?
C’est une décision qui a semé la confusion dans les esprits. Les établissements privés ont toujours payé des impôts. Il y a lieu de clarifier sur les types d’impôts dont il s’agit. D’abord, il y a l’Ipts qui est payé lorsque le salaire dépasse 50 000 F Cfa. L’employeur est soumis à cette règle. Il y a aussi, le Versement patronal sur salaire (Vps) qui est de 2%. C’est ce qui constitue pour nous un problème. Nous disons que, nous ne devons pas le payer. Si, l’école est gratuite, demander aux promoteurs, qui assistent l’Etat dans le secteur de l’éducation, de payer le Vps, c’est demander indirectement aux parents de le payer. Tout simplement parce que l’employeur doit en tenir compte pour fixer le taux de la scolarisation. Il y a des privés qui, par ignorance, le font. Ce qui ne devrait pas être le cas. La directrice des Impôts, nous a rencontrés la dernière fois de façon informelle pour nous dire qu’il faut que nous immatriculons nos écoles. Nous, nous n’avons pas un registre de commerce. Nous avons obtenu une autorisation d’enseigner et d’ouverture d’école. Ce n’est pas à but mercantile. Ce n’est pas du commerce. Nous faire enregistrer constitue une manière de nous faire payer au lieu de 5% d’impôts sur salaire des vacataires, 1%. Ce qui ne nous fait pas gagner grande chose. Si, le vacataire qui perçoit quelque chose doit payer un impôt sur revenu qu’il aille le faire. Mais, s’il estime qu’il est lésé, qu’il s’organise contre l’Etat pour dire qu’il ne peut pas payer. Nous, nous voulons sérier. En tant qu’employeur, le Vps doit être effacé. Nous faire immatriculer en nous mettant sur le même pied d’égalité que les commerçants, montre qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans ce pays. Ceux qui font le commerce sont appuyés par l’Etat, et les bailleurs leur viennent en aide ; pourtant au secteur privé de l’éducation, on demande de payer les impôts au même titre que les autres privilégiés. Les autorités continuent d’abuser de l’ignorance des fondateurs d’établissements et des usagers du secteur. Ceux qui comprennent ne sont pas nombreux.
La responsabilité d’éclairer ceux qui ne comprennent pas, revient à votre syndicat normalement ?
C’est le rôle de notre syndicat. C’est pour cette raison que nous nous battons tout le temps. Notre syndicat, est le seul du secteur, le reste, ce sont des associations régies par la loi de 1901, donc elles ont des limites. Nous, on se bat à nos risques et périls. Il vaut mieux éclairer les gens au lieu de les laisser dans l’obscurité. Ils finiront par comprendre demain, le travail que nous faisons aujourd’hui.
Avez-vous reçu des notifications vous indiquant que désormais, vous allez payer les impôts, au même titre que les commerçants?
Ce qui se passe, c’est qu’ils interviennent dans les établissements avec des redressements, pour demander de payer ceci ou cela. Il y en a qui reçoivent et qui répondent. Il y a aussi l’impôt sur le foncier qui est payé.
Ce qui ne devrait pas être le cas?
Il ne le devrait pas. Mon école privée payait par ignorance. Mais, je leur ai écrit pour leur dire que je ne vais plus le faire. J’ai demandé à rencontrer l’inspecteur qui a fait son malin et c’est au cours de la réunion avec la directrice des Impôts que nous avons posé le problème. La semaine qui a suivi, j’ai encore produit une requête et j’ai finalement rencontré l’inspecteur des impôts qui a reconnu l’erreur tout en promettant de me le notifier par écrit. Ce qui n’est pas encore fait.
Quelles sont les actions envisagées par votre syndicat pour sensibiliser les fondateurs d’établissements sur la question ?
Nous avons déjà fait cet exercice à Porto-Novo, à Cotonou précisément à l’école de Cadjèhoun où des délégations étaient venues du Mono et d’un peu partout. Le gouvernement est en train de laisser la situation qui finira par exploser très bientôt. Une chose est certaine, nous avons opté pour des actions pour nous faire entendre. Ce qui signifie beaucoup de choses. Il y aura les marches suivies de sit-in et la grève. Les Béninois seront surpris de constater que sous Boni Yayi, les écoles privées sont allées en grève. Trop, c’est trop ! En fin avril, nombre des établissements privés sont en cessation de payement. Actuellement, à Godomey, pour 50 écoles publiques, il y a plus de 150 écoles privées autorisées à 6 classes. Ce qui fait trois fois, le nombre d’écoles dont dispose l’Etat. Cela m’étonnerait que le gouvernement Boni Yayi, me dise qu’au nom de la gratuité, on peut se passer de tout ce monde; c’est de l’utopie. C’est parce que les gens ne disent rien, que l’on continue de les traiter de la sorte. Dans cette situation, les privées sont privés de manger, pendant que la minorité du public qui donne des résultats médiocres, est entretenue, et fait l’objet d’attentions particulières. Au point où nous en sommes, il est question de faire un mouvement. Ne soyez pas surpris, ce moment arrivera.
Quelle sera la conséquence sur la bourse des parents d’élèves lorsque le gouvernement vous obligerait à payer les impôts que vous rejeter ?
Il y aura deux cas de figure. Primo, c’est une manière de faire reculer le pays. Par exemple, Projet Cerco a fermé cette année, 73 collèges. Ce qui fait au moins 730 emplois de moins. Si, le gouvernement persiste dans sa logique, des promoteurs vont fermer leurs écoles, d’autres vont continuer de maintenir le cap à leur corps défendant, et vont vouloir se faire entendre dans des mouvements de grève.
Quel appel avez-vous à lancer à l’endroit du gouvernement pour éviter cette situation ?
C’est jeter l'eau sur le dos du canard que de lancer un appel au gouvernement. Ce que les gouvernants d’aujourd’hui aiment, ce sont les manifestations de rues. J’en ai déjà parlé aux promoteurs d’établissements, qui font les féodaux, mais lorsqu’ils en auront jusqu’au coup, ils verront que c’est la dernière solution. Le gouvernement nous amène lentement mais surement vers un éclatement populaire dans le secteur privé de l’éducation. C’est mauvais, ce qui se passe dans ce pays.