Jeanne, 53 ans et Alidou, 57 ans résident au Nouveau quartier dans la cité des Koborous. Juste au portail de leur maison, il est aisé de constater que c’est un domicile de personnes du troisième âge. Un calme olympien y règne. Alidou Abdoulaye, Technicien supérieur d’imagerie médicale admis à faire valoir ses droits à la retraite depuis 2004 vit pratiquement seul ici avec sa compagne Jeanne Zannou, Ingénieur des Travaux en élevage. Sur les quatre (4) enfants nés de leur union, il ne reste que la benjamine âgée de 13 ans à la maison et l’une de leurs petites filles. Les trois garçons sont majeurs et gagnent déjà leur vie. Dès lors, quand les deux enfants vont à l’école, la résidence est quasi vide.
Secret partagé…
Après avoir passé 24 ans à la tête du service de la radiologie du Centre hospitalier et départemental (CHD) Borgou, Alidou n’est pas un mari autoritaire. Son union avec Jeanne est basée sur trois principes : La tolérance, l’acceptation de la différence et la patience. En un mot, l’amour. Bien qu’il ait fait ses études supérieures en Europe, il n’a jamais calqué la gestion de son foyer sur le modèle occidental. A ce propos, il paraphrase Frantz Fanon en disant : « les Africains sont des hybrides, peau noire, masque blanc » Pour lui, les dépenses incompressibles sont partagées dans le ménage. « C’est par quota que nous partageons les dépenses », nous confie-t-il afin de montrer que chaque conjoint apporte sa contribution pour le bon fonctionnement de la famille. Alidou n’est pas le type d’homme à être exigeant sur les bords. Toutes les fois que sa femme a été enceinte, il s’est toujours montré attentionné en allant jusqu’à l’aider à la cuisine. « Un soir, nous raconte Jeanne, alors que j’attendais notre troisième garçon, je n’avais pas envie de m’approcher de la cuisine pour assister la domestique pour la préparation du dîner. Mais spontanément papa s’est levé et est allé cuisiner l’un de mes plats préférés. » De telles anecdotes, Jeanne en a raconté plusieurs pour montrer l’impact d’un acte d’amour sur le moral de la femme dans le foyer.
Paradoxe
Alidou est musulman pratiquant et Jeanne chrétienne catholique fervente. Ils partagent le même lit et au petit matin papa prend le chemin de la mosquée tandis que maman se rend à l’église. Dans leur ménage, les deux conjoints n’ont pas un budget commun. Tous deux fonctionnaires, chacun gère ses biens. Ce qui n’a jamais empêché la femme de consulter son mari avant de prendre une décision. Une étude réalisée en 2006 par l’INSAE révèle que seulement 12% des femmes acceptent de consulter leur conjoint avant de prendre une décision. Et toutes les fois qu’une situation se pose, les deux conjoints vont directement à la table de négociation ou de discussion. « Nul ne détient la vérité absolue. Je peux me tromper. », martèle Alidou. Ce faisant, il séduit toujours sa femme. « Mon meilleur souvenir, c’est son caractère, son attention. Juste en me regardant, il sait déjà de quoi j’ai besoin.» Jeanne se dit comblée. Et quand elle prend du recul pour mieux analyser le bonheur dans lequel elle baigne, elle conclut que l’instruction est importante. Car, explique-t-elle, l’ignorance conduit parfois aux erreurs.