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  ‘’DEMAIN, POUR QUI SONNERA LE GLAS ?‘’
Hommage à l’honorable député Paulin Tomanaga, Ancien Maire de Bohicon
 
     
 
 
     
 
Date de publication : 11-06-2009
Auteur(s) / source : Par Richard ADJAHO . Inspecteur général des finances ER . Ancien Ministre de l’Intérieur
 
     
 

   Toutes les morts se valent car elles ont la même importance en raison de l'intensité de la douleur que ressentent les proches lors de la définitive séparation. Toutefois, d'autres sont plus dures pour certaines personnes en raison des liens avec ceux qui sont arrachés à leur affection. Pour ce qui me concerne aujourd'hui, c'est le cas du député Paulin Tomanaga, brutalement fauché le 7 mai dernier par la route. Toutes les morts sur nos routes ne peuvent malheureusement être évitées. Il en est par exemple ainsi, très probablement, de la mort brutale en avril 2006 à 7 km de Bassila de l'ancien Ministre Ahmed Akobi, Directeur de Cabinet du tout jeune Président Yayi Boni, triomphalement élu à la tête de notre pays quelques semaines plus tôt. Cette mort a peut-être profondément modifié le type de gouvernance du nouveau Président, tant l'entente disons même la symbiose entre les deux hommes semblait forte. Les Initiés savent le rôle capital que joue auprès des Chefs d'Etat leur tout premier Collaborateur c'est-à- dire le Directeur de Cabinet ou le Secrétaire général de la Présidence. C'est selon. Nos routes ont malheureusement fait d'autres victimes célèbres. La mort brutale, en novembre 2008, de 6 vaillantes amazones dont la Ministre Véronique Ahoyo, notre soeur et collègue du Gouvernement de transition du Premier Ministre Nicéphore Soglo à deux kilomètres à peine de l'endroit où Me Akobi a été fauché a été aussi pour notre pays et pour nous une grande période de tristesse. Plaise au Tout Puissant que la seule rescapée de ce terrible accident, Mme Karim Rafiatou, ancien Ministre, membre de la Commission découpage territorial, que j'ai eu l'honneur de présider , s'en sorte totalement sans séquelle. Les vérifications de base, auxquelles nous, inspecteurs itinérants, souvent en tournée, sommes habitués, telle que la pression des quatre pneus, le serrage des roues, le niveau d'huile, l'état des freins ou le respect de la règle d'or qui prescrit qu'on ne freine jamais lorsqu'un pneu éclate, auraient peut-être préservé la vie de nos compatriotes .

   Qui sait ? Les facteurs de risque

   Toutes les morts sur nos routes ne peuvent être évitées, mais celle de Paulin Tomanaga aurait certainement pu l'être et hélas aussi celle de plusieurs dizaines de nos compatriotes et d'étrangers . La raison en est bien simple. C'est une conjonction, un assemblage de facteurs parfaitement connus et tout à fait prévisibles qui a conduit à ce drame. Premièrement, un camion poussif c'est-à-dire en mauvais état ou un camion-remorque mal agencé, qui est passé entre les mailles de tous les contrôles d'usage et notamment de ceux de la Visite technique. Un tel camion a de fortes chances de tomber en panne ou de déjanter sur les grandes distances dans la mesure où sa mécanique n'est pas de nature à en supporter les contraintes. Un tel camion, abandonné sur les grandes voies sans signalisation est toujours un piège mortel pour ceux qui roulent sans se douter de rien. Le deuxième facteur de risque. Un chauffeur délinquant , imbibé de sodabi, notre alcool local ou de bière, qui n'est pas conscient du danger qu'il représente pour les autres usagers des voies en raison des comportements irresponsables dont le moindre n'est pas de ne pas posséder les instruments de signalisation lumineux qu'on doit obligatoirement disposer sur la voie en cas de panne. La plupart se contentent, en cas de panne, de mettre des touffes d'herbes sur la voie publique ! Troisièmement, l'absence quasi totale de contrôle motorisé sur nos voies interurbaines, ce qui les livrent aux comportements inqualifiables de beaucoup de chauffeurs et de leurs apprentis . Quatrième et dernier facteur, la fatigue du chauffeur et le désir de feu Paulin Tomanaga de rejoindre Bohicon pour se reposer ou pour prendre soin de sa famille. Le chauffeur, aborda peut-être un tournant dans lequel il était à mille lieux d'imaginer qu'un camion de la mort était en stationnement … La suite, on la connaît. Si ces circonstances ne sont pas exactement celles qui ont été fatales à l'honorable Tomanaga, il est certain qu'elles doivent en être proches ! Nul parmi nous ne peut jurer qu'un jour, sur une de nos routes, du Sud ou du Nord, du Centre, de l'Est ou de l'Ouest de notre pays, lui-même, un de ses géniteurs , son épouse, sa fille ou son fils ou même ses petits enfants ne se trouveront confrontés aux mêmes circonstances qui ont conduit Paulin Tomanaga à la mort. C'est pourquoi, nous ne pouvons rester indifférents à ces drames, en continuant à refaire le Bénin ou le monde dans nos salons, surtout lorsqu'on a eu à exercer un certain nombre de responsabilités. Nous n'avons donc pas le droit de nous taire. Il n'y a nulle honte à copier ce qui marche bien ailleurs. Sur le plan technologique, le Japon, aujourd'hui deuxième puissance économique du monde nous en a donné l'exemple. Au milieu des années 70, comme chacun sait, les produits '' made in Japan '', étaient synonymes de camelote, de sousproduits. A l'époque, les Japonais ont eu la patience de copier les autres pays industrialisés, de les égaler lentement et de les dépasser aujourd'hui ! Sur le plan administratif, les Français qui nous ont colonisés et qui ont malgré ce qu'on peut en dire l'une des meilleures administrations du monde, ont progressivement et depuis longtemps complété, doublé leurs administrations classiques, c'est-à-dire celles des Ministères, lourdes, verticales, trop hiérarchisées par des administrations légères, spécialisées sont dénommées Délégations ministérielles ou interministérielles ou quelques fois Commissariats. C'est ainsi qu'il existe aujourd'hui en France près d'une trentaine de structures du genre où avec un personnel très réduit, des moyens modestes, quelques cadres, d'anciens responsables de haut niveau animent un aspect particulier de la vie administrative. Je peux citer les Délégations à l'orientation, à l'Outre-mer, au développement durable etc. Ces responsabilités sont exercées sous l'autorité d'un ou de plusieurs Ministres ou même sous celle du Chef du Gouvernement. Ces délégations sont largement autonomes, prennent des initiatives et initient des mesures réglementaires ( Circulaires, Arrêtés, Décrets ) ou législatives, susceptibles d'influer directement sur le domaine qu'elles ont en charge. Elles suivent aussi, en liaison avec certaines Administrations, la mise en oeuvre de la politique qu'elles ont initiée et concourent à leur évaluation.

   Pour la création d'une Délégation interministérielle à la sécurité et à la circulation routières

   Je préconise la création dans un bref délai d'une DELEGATION INTERMINISTERIELLE A LA SECURITE ET A LA CIRCULATION ROUTIERE ( DISCIR ) qui, sous la direction et l'impulsion d'un haut gradé de la Gendarmerie, prendra enfin entièrement en compte le problème de l'hécatombe sur nos routes interurbaines et internationales. Dix, quinze, vingt morts à Dan, Thio ou Sèto, ça suffit ! Cette Délégation interministérielle, sous la tutelle conjointe des Ministères des transports, de l'Intérieur et de la Défense pourrait être dirigée par un ancien Directeur général de la Gendarmerie tels que le Colonel Elie Bankolé par exemple ou un autre Haut gradé de même profil. Un de ces hommes de métier, compétents, expérimentés, qui ont fait leurs preuves à la tête de la Gendarmerie, secondé par quelques officiers de valeur et à la tête de deux ou trois sections (60 à 90 ) de motards, seront capables, j'en suis convaincu, de mettre beaucoup plus d'ordre sur nos routes. Une telle organisation ne remettra pas en cause le rôle de la Gendarmerie et de ses structures territoriales que sont les Groupements, les Compagnies et les Brigades. Les textes nouveaux définiront de manière précise la mission de la Délégation et l'articulation avec celles des structures citées supra. Les postes de contrôle que l'on observe sur nos routes font des contrôles de routine mais ne jouent à l'évidence aucun rôle dissuasif sur le comportement des chauffeurs irresponsables, qui doublent en 3ème ou 4ème position et quelques fois dans les tournants ! Il faut mettre fin à ces dérives qui ont trop duré. Au début des années 90, en charge du Ministère de l'Intérieur et de la sécurité, les statistiques que j'avais fait établir donnaient déjà près de 400 morts chaque année sur nos routes et autour de 1500 à 2000 blessés dont des handicapés à vie. J'avais créé à l'époque l'Inspection générale des services de sécurité, l'IGSS, rattachée directement à mon Cabinet dont l'une des missions était de veiller au bon comportement de nos Policiers et de nos gendarmes sur les voies. Ce Service existe encore. En France, la Délégation à la sécurité routière existe depuis les années 60, du temps du Général de Gaulle. Avec plus de 10 000 morts sur les routes de France dans les années 80, le rôle de cette Délégation s'est beaucoup accru ainsi que les moyens et les pouvoirs qui lui sont dévolus. Malgré l'accroissement vertigineux du parc automobile en France, aujourd'hui évalué à plus de 25 millions de véhicules, le nombre de morts, au lieu d'être multiplié par trois, a été divisé par deux, se situant en 2008 légèrement au dessus de 5 000.

   In memoriam

    J'ai peu connu l'homme. J'ai côtoyé Paulin Tomanaga au sein de notre ancienne formation politique commune, la Renaissance du Bénin. Je l'ai pratiqué quelque peu en sa qualité de Maire de Bohicon. Je ne peux donc pas beaucoup témoigner sur lui. Le peu que j'ai retenu, c'était un homme d'une grande maturité, d'une bonne sérénité et aussi pétri de savoir. Peu de gens savent que Tomanaga est un sociologue, titulaire je crois d'un diplôme de 3 ème cycle, parfaitement bilingue et ayant accompli pendant des années des missions de consultation de haut niveau dans de nombreux pays africains. C'était donc aussi un homme humble . Aujourd'hui, il nous a brutalement quittés. Puisse des réformes appropriées permettre que notre pays ne subisse plus régulièrement des pertes aussi énormes.

 

 
 
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