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  DÉSIGNATION DES FUTURS MEMBRES DE L’ORGANE DE RÉGULATION : Quel type de communicateur pour la Haac ?  
     
 
Dans quelques semaines les conseillers de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication vont rendre leur tablier. Ils vont quitter leur fonction, fiers d’avoir contribué modestement, et selon leur capacité, à la promotion, au développement de l’audiovisuel et de la communication dans notre pays. De leur passage aux commandes de cette haute instance, l’histoire retiendra qu’ils ont perpétué la tradition quant au bras de fer entre l’Exécutif et la HAAC, s’agissant de la nomination du Directeur Général de l’Office de Radiodiffusion et Télévision du Bénin.
 
     
 
Date de publication : 06-05-2009
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   Déjà, des prétendants aux fauteuils de la HAAC affûtent leurs armes. Ils élaborent des stratégies. C’est le cas dans le rang des professionnels des médias où le décor est planté pour l’élection de leurs trois représentants au sein de cette institution dont la mission première est de protéger les communicateurs et les moyens de communication de masse et de créer les conditions idoines pour l’exercice de la profession dans l’indépendance, l’équité et l’objectivité. Ce branle-bas va aussi gagner bientôt l’Exécutif et le Parlement où le Président de la République et le Bureau de l’Assemblée Nationale vont désigner les leurs qui siègeront au sein de cette instance. Des postulants vont commencer à s’agiter si ce n’est déjà le cas.

   Qui est « communicateur » selon la loi organique ?

   En effet, selon la loi organique N° 92-021 du 21 août 1992, chacune de ces institutions a le pouvoir de nommer trois membres: un juriste, une personnalité de la société civile et un communicateur; en prime pour le Président de la République de poser la faîtière de cet édifice qu’est la HAAC en désignant dans les rangs de ses élus le Président de ladite institution. Et c’est justement au niveau des personnes choisies au titre des communicateurs que se trouve le hic. Un flash back sur les trois dernières mandatures révèle que les personnes choisies par l’Exécutif et le Législatif ne répondent pas souvent au profil exigé par les textes de loi. C’est le cas des deuxième et troisième mandatures qui ont enregistré respectivement la nomination d’enseignants du primaire et d’un géographe en fin de formation en lieu et place de communicateurs attitrés. Il faut préciser que le Président de la République et le Bureau de l’Assemblée Nationale ont désigné des enseignants pour occuper ce poste à la deuxième mandature. A la troisième mandature, le Bureau de l’Assemblée Nationale a récidivé par le choix d’un géographe en fin de formation. Pour éviter que la quatrième mandature ne soit à nouveau victime de cette confusion qui n’est sûrement pas fortuite - d’autant que les tractations sont en cours - il est important, en respect aux principes d’Etat de Droit auquel le pays aspire, de tirer la sonnette d’alarme et de prendre à témoin l’opinion nationale et internationale. Selon la Constitution du Bénin du 11 décembre 1990, en son article 142, il est précisé au premier alinéa, que la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication a pour mission de garantir et d’assurer la liberté et la protection de la presse, ainsi que de tous les moyens de communication de masse dans le respect de la loi. Par presse, il est clair dans l’esprit du législateur qu’il s’agit bel et bien des journaux, qu’ils soient quotidiens ou magazines. Dans le même ordre d’idée, le législateur ne perd pas de vue ce qu’il entend par les moyens de communication de masse. La communication est un processus social d’échange et de partage; une relation entre un émetteur et un récepteur représentés par deux personnes ou une personne et un groupe de personnes ou deux groupes de personnes. Cette relation peut être physique et s’établir de façon directe ou virtuelle par le biais d’un instrument. C’est le cas de la communication interpersonnelle. En revanche, s’agissant de la communication de masse, le récepteur n’est plus un individu ou un groupe d’individus mais plutôt une masse de gens. Celle-ci se caractérise par l’ampleur (grand nombre d’individus avec lequel un interlocuteur ne peut s’entretenir personnellement et vis-à-vis), l’éloignement physique ou la dissémination dans l’espace, l’hétérogénéité de l’origine sociale (les individus appartiennent à des âges, sexes, milieux économiques et socio-culturels différents), l’anonymat, la séparation physique, le manque d’organisation sociale, l’absence d’interaction. Ces caractéristiques font qu’aucun communicateur ne peut s’entretenir avec ces individus personnellement pendant un temps raisonnable. Seuls des outils, des instruments, des moyens, des équipements appropriés peuvent permettre de réaliser cette prouesse. Ces moyens ne sont rien d’autres que les médias. Un média selon Francis Balle est un équipement technique permettant aux hommes de communiquer l’expression de leur pensée, quelles que soient la forme et la finalité de cette expression. Le média intervient dans la communication de masse. Il s’agit des journaux, de la radio, de la télévision, du cinéma et de l’affiche. Cet équipement technique dont parle Francis Balle l’anglo-saxon le désigne sous le vocable de mass-media. En latin media veut dire moyen et mass signifie grande quantité. Ces moyens permettent à la communication de masse de se réaliser en faisant appel à la masse de l’audience, aux communicateurs et à la pratique communicationnelle. C’est donc en toute connaissance de cause que le législateur béninois a parlé de communication de masse. Par cette précision, du terme communication de masse, donnée dès la première ligne du Titre VIII de la Constitution consacré à la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication, le législateur entend éviter toute confusion et tout amalgame. Le législateur sait que le mot communication est un terme polysémique qui risque d’être malencontreusement exploité. Et c’est ce qui arriva. Sinon, comment comprendre qu’en lieu et place de communicateur, on nomme des enseignants, des géographes; et peut être demain des prédicateurs pour agir en qualité de professionnels des moyens de communication de masse. La communication de masse est un processus social organisé. Elle s’appuie sur les médias qui constituent une entreprise réglementée et organisée comme n’importe quelle autre entreprise de la société. Ils fournissent de l’emploi, ils produisent des biens et des services. Ils sont une institution qui a ses propres lois, ses règlements et ses normes qui les relient à l’ensemble de la société et aux autres institutions. Ils jouent un rôle capital dans la société et déterminant pour la démocratie. Ceux qui travaillent au sein de ces médias sont des professionnels des médias, appelés généralement communicateurs ou journalistes. Il s’agit plutôt de tous ceux qui participent aux activités de communication de masse et qui sont de plus en plus nombreux aujourd’hui et qui se différencient par leurs qualifications, leurs fonctions, leurs spécialités. C’est d’eux qu’il est question dans l’esprit du législateur béninois. Ils remplissent des rôles relatifs au fonctionnement et au contrôle de la communication de masse. Ils possèdent une pratique communicationnelle qui se distingue d’autres communications. Ils produisent et diffusent l’information jouant ainsi un rôle de médiateur entre les sources d’information et le public. Toutefois, il importe de faire beaucoup attention car pour être ou avoir été pigistes ou collaborateurs extérieurs ou participé de quelle que manière que ce soit aux activités de communication au niveau de ces médias, des individus n’hésitent pas à se prétendre communicateurs ou journalistes. Un discernement s’impose donc pour oser distinguer le bon grain de l’ivraie.

   Distinguer le bon grain de l’ivraie

   L’information produite par les médias est publique parce que destinée à une masse de gens, des consommateurs qui sont parfaitement conscients de la nature publique et non privée de celle-ci. N’importe quel membre de la société a le droit d’accéder à son contenu. C’est une profession qui a ses règles, sa déontologie et qui repose sur une éthique. Le législateur le sait, et connaissant les difficultés du métier et ses contraintes, n’a pas sourcillé un instant avant d’en dresser les balises par la loi 92-021 du 21 août 1992 en ses articles 5 et 6 qui mettent l’accent sur les conditions d’exercice de la profession et le renforcement des capacités des acteurs chargés de l’animation de ces moyens de communication de masse. La Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication est une institution de la République voulue par le peuple béninois pour protéger les communicateurs et les moyens de communication de masse. Elle ne peut être véritablement efficace que dans la mesure où elle prend conscience de la grandeur de sa responsabilité et de la mission qui est la sienne. Ses attributions font d’elle une instance professionnelle car il lui faut avoir la bonne maîtrise du domaine qui est le sien pour pouvoir donner un avis sensé et compétent. L’institution ne peut donc être ouverte à tout venant. Elle est un haut lieu de réflexion sur les questions liées aux sciences et techniques de l’information et de la communication, du moins de la communication de masse. Accéder à cette instance suppose la possession d’un capital et d’une expérience avérés dans le métier. En d’autres termes, disposer d’un savoir, d’un savoir-faire et d’un savoir-être éprouvés. Même dans le rang des élus des professionnels cette exigence ne doit souffrir d’aucun compromis. La Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication est à l’image des autres institutions professionnelles de la République telles que la Haute Cour de Justice, la Cour Constitutionnelle. Ne peuvent y accéder en tant que juristes que ceux qui ont la pratique du Droit. Cet axiome ne peut donc pas connaître de demi-mesure lorsqu’il s’agit de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication pour ce qui est du choix des communicateurs par les instances habilitées de la République.

   Jacques da MATHA Journaliste à la retraite Consultant en communication Enseignant des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication. Ancien Directeur du Centre de Formation de l’Union des Radiodiffusions et Télévisions Nationales d’Afrique à Ouagadougou Ancien Directeur Général de l’Office de Radiodiffusion et Télévision du Bénin

 
 
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